Cela n'a pas empêché une association dont il semble proche de noter les programmes, à partir d'une série de mesures et d'attentes précises regroupées en 24 propositions, des plus consensuelles (isolation des logements anciens, développement des énergies renouvelables) aux moins populaires (arrêt du financement de l'EPR ou moratoire sur les constructions d'autoroutes par exemple). Sans surprise, les écolos regroupés notent favorablement les Verts et Cap 21, alignent l'UMP qui les traite de khmers verts, comme les productivistes communistes et ... l'UDF, dont elle raille au passage la culture réponse à tout. Le seul grand parti à se sortir favorablement de cet exercice de notation est le PS.

Cette analyse est d'autant plus intéressante qu'elle fait ressortir les contradictions des principaux programmes ; en effet, il est finalement assez facile de contenter tout les single issues groups en se parant des atours du pragmatisme. Un peu pour les écolos, un peu pour les bétonniers, chacun y retrouvera les siens. Les conclusions des notations sont à cet égard très intéressantes :

Pour le PS :

En conclusion, il serait illusoire de penser pouvoir financer et le développement du réseau autoroutier et celui des transports en commun. Il n’est pas possible de prôner la baisse de la production des déchets et leur valorisation par le recyclage, la méthanisation, le compostage, etc. si l’incinération se poursuit. Ces contradictions doivent être levées pour que la crédibilité du projet de la candidate se renforce.

Pour l'UDF et pour l'UMP, la conclusion est identique :

En conclusion, il serait illusoire de penser pouvoir financer et le nucléaire et les énergies renouvelables, de financer et le développement du réseau autoroutier et celui des transports en commun. Il n’est pas possible de prôner une baisse de la production des déchets et leur valorisation par le recyclage, la méthanisation, le compostage, etc. si l’incinération se poursuit. La culture des OGM en plein champ condamne l’agriculture biologique, de même que le maintien des subventions à l’agriculture et la pêche européennes condamne les capacités de production des paysans et des pêcheurs des pays pauvres. Tant que ces contradictions ne sont pas levées, la crédibilité du projet du candidat est fragilisée.

Quant au PS, sa relative conformité écolo n'est pas une surprise ; la place accordée aux propositions écologiques dans le pacte présidentiel marque d'ailleurs un certain changement d'époque. S'il n'est pas pensable de ne pas parler d'écologie dès qu'on en a l'occasion, peu de partis de gouvernement font l'effort de dépasser les formules convenues. Les mesures envisagées représentent d'ailleurs un équilibre intéressant entre pragmatisme - programme d'économies d'énergie par ex - et volonté de changement politique fort sur des sujets quand même essentiels, notamment la sortie d'une agriculture productiviste. Autre aspect important, c'est la reconnaissance du rôle économique que peut avoir le développement de "l'excellence environnementale" : des emplois "non délocalisables" et porteurs de mieux-être.

En face, que se passe-t-il ? Sarkozy est le représentant du parti de la bagnole et des grosses boites, ce n'est pas la peine d'en parler. Bayrou fait un peu mieux en termes d'affichage, mais in fine ne va pas beaucoup plus loin - par exemple, il croit encore que les biocarburants sont écolos. Seule chose notable, c'est la promesse d'une fiscalité écologique, mais c'est encore assez flou (c'est flou également du côté du PS d'ailleurs). Reste à voir l'impact Lepage sur le programme de Bayrou, mais Cap21, un peu comme l'UDF aujourd'hui, c'est une coquille vide taillée à la dimension du chef.

Finalement, c'est surtout dans son alliance avec les Verts que le PS se crédibilise encore plus. Ce parti aux tendances groupusculaires parfois énervantes se voit rarement reconnaître le mérite de sa grande cohérence politique ; au travail depuis 20 ans, avec des partis pris fondés et rarement populaires - sur le nucléaire par exemple, sujet archi consensuel au pays d'EDF et d'Areva - les Verts ont essayé toutes les pistes de l'écologie, de l'alliance pragmatique qui les a forcé à avaler pas mal de couleuvres au travail de terrain loin des yeux des médias. Si aujourd'hui le programme de Royal va aussi loin, c'est grâce à eux.