En tous cas, cette démission posera nécessairement la question du bilan, qui va à coup sûr être l'objet d'une intense bataille de chiffres. Les bataillons de colporteurs UMP se tiennent prêts à déverser sur les ondes les statistiques aux petits oignons mitonnées dans les cuisines du chef. Il faut donc que les citoyens tiennent le choc de l'intoxication massive. Espérons que ceux qui à gauche sont censés apporter la contradiction daigneront le faire. A défaut on pourra se reporter au travail de Louis Marie Horeau et Sebastian Roché, le journaliste du canard et le criminologue qui monte, ainsi qu'au livre de Serge Portelli, vice-président au tribunal de Paris, qui a été karchérisé mais qui est accessible sur Betapolitique.

Le premier argument sarkozyste est la baisse du chiffre global de la délinquance. Un fourre-tout dans lequel les atteintes aux biens représentent les trois quarts du chiffre. Mécaniquement, ce chiffre suit donc celui des vols, qui ont drastiquement chuté depuis 2002, sans que les atteintes aux personnes ne baissent, au contraire. On pourrait croire que cette baisse des vols est un grand succès, sauf que cette baisse est équivalente voire supérieure dans les autres pays européens (le Canard du 17 janvier), car en réalité ce sont les technologies de sécurité qui ont pris le pas sur celles des voleurs, que ce soit par la vidéosurveillance ou les systèmes antivols sur les véhicules. Voilà d'où vient ce premier chiffre, par ailleurs entaché par l'augmentation significative des indices d'erreurs des statistiques policières depuis 2003 (le karcher est encore passé par ).

Le second argument consiste à expliquer l'augmentation des violences (16% en 5 ans) par celle des violences conjugales. Un contre-feu employé, déjà, par Daniel Vaillant en 2002, et que les interviewers laissent passer sans broncher. Non seulement un ministre de l'intérieur ne devrait pas se satisfaire de son efficacité zéro en la matière, mais cela n'explique absolument pas l'augmentation des violences: "Les violences entre conjoints, pour l’année 2004, se montent à 34 848 violences non mortelles et 162 violences mortelles, soit 10,3% seulement des 339 882 atteintes aux personnes recensée. Or ces chiffres n’ont pas varié par rapport à 2003 où l’on comptait 34 721 violences non mortelles et 180 violences mortelles. Il ne s’agit donc pas de la moitié des atteintes aux personnes et il n’y a pas eu d’augmentation des plaintes." (Serge Portelli, Ruptures).

Ultime étape de la mystification: la défausse. Les juges seraient laxistes, en particulier avec les mineurs. Assertions appuyées en septembre dernier par un sondage bidonné (IFOP+LCI+Figaro = Parisot+Bouygues+Dassault) et la fuite d'une note dans Le Monde. L'objectif de la fuite était, comme le sondage, de cautionner l'ingérence du ministre dans le travail d'un tribunal (celui de Bobigny). Manque de bol, les trois quarts de la note stigmatisaient la baisse des effectifs de police dans le 93 et accusaient la politique sarkozienne. Qu'importe, il fallait persuader les français que les violences, c'était la faute aux mineurs et à leurs juges. Le problème est que quand on regarde les chiffres on s'aperçoit que la délinquance des mineurs n'a pas plus augmenté que celle des majeurs, que pourtant leur taux d'incarcération augmente, bien que cela maximise leur probabilité de récidive. En réalité Sarkozy remplace la prévention par la répression, la sécurisation par l’interpellation. Il faut reconnaître qu'il en assume les conséquences en termes de surpopulation carcérale: "Les critiques du système américain dénoncent la surpopulation carcérale. Je n'ai jamais compris la pertinence de cet argument car, après tout, il vaut mieux voir les délinquants en prison que dans la rue! Nicolas Sarkozy, Libre (sic)".

Finalement, le seul laxisme acceptable pour Sarkozy, c'est celui envers le délinquant le plus célèbre, Chirac, envers l'initié le plus étourdi, Lagardère, et bien sûr envers le maire le plus doué en affaires, lui-même. Gageons que, une fois que Nicolas aura perdu les élections, le très distrait parquet de Nanterre saura rejeter son excuse de minorité... électorale.


Martin P.
Blogueur Invité
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