Maintenant, Bayrou (dont le parti fut considéré comme un appendice sans grand intérêt de cette "UMPS" née des fantasmes des militants frontistes) a repris, sinon le terme, le concept dans l'espoir d'en tirer un profit en terme de bulletins de votes. D'un côté, on peut y voir une preuve suplémentaire de son "centrisme" (juste entre extrême droite et extrême gauche), mais reprendre une expression inventée par des ennemis de la république, en plus d'être une hypocrisie, n'est pas un acte innocent.

Première hypocrisie, Bayrou nous fait croire que l'UDF n'a pas participé à ce pouvoir. Depuis 25 ans, il y a eu la septième législature (de 1981 à 1986) où l'UDF avait 62 des 150 sièges de droite à l'A.N, la huitième où l'UDF avait 131 des 286 sièges de députés de droite. Durant la neuvième (88-93), l'UDF avait 90 sièges (131 si on compte l'Union du Centre) pour 130 au RPR, 215 des 472 députés de droite sous Balladur, puis 113 sur les 253 députés de droite durant la onzième législature. L'UDF a beaucoup perdu en 2002 avec seulement 26 députés mais de 1981 à 2002, 40 à 50% des députés de droite furent issus des rangs de l'UDF. En nous prenant pour des imbéciles dénués de mémoire, Bayrou contribue au discrédit de la politique que l'on connait actuellement.

Deuxième hypocrisie, l'UMP et le PS s'AFFRONTENT pour le pouvoir, ils ne se le partagent pas. À prétendre que PS et UMP sont une sorte de cartel d'aristocrates qui simulent la compétition, Bayrou use d'une ficelle conspirationniste classique qui remonte à l'époque des antiparlementaires. Or, ce postulat est doublement mensonger: Non seulement il y a une authentique hostilité entre socialistes et élus conservateurs (et vice-versa), mais les succès d'un camps sont durement ressentis par l'autre: quand le PS gagne des élections, l'UMP s'affaiblit, et vice-versa, et l'intérêt de chaque parti est que son principal rival soit le plus faible possible: il n'y a pas de partage quand une entité politique prospère sur la défaite de l'autre. Le second aspect mensonger vient de la nature même des objectifs de Bayrou : à vouloir gouverner via des ralliements de personnalités du PS et de l'UMP, il finirait par se construire un gouvernement qui coaliserait d'anciens socialistes et d'anciens UMP, les élus centristes tenant lieu de mortier. C'est à dire qu'en même temps qu'il prétend dénoncer le "partage du pouvoir" d'une UMPS chimérique, il est en train d'essayer de lui donner une existence réelle. l'UMPS a été imaginée par l'extrême droite, immédiatement adoptée par l'extrême gauche, et ironie suprême, c'est le centre qui se dit autant éloigné des uns que des autres qui tente de lui donner une existence véritable.