C'est la question que pose Bettina Laville, présidente du très social-démocrate Club Convictions. On est devant un vrai choix de société lors de ce second tour entre la rupture libérale (pour les riches) et autoritaire (pour les pauvres) de Sarkozy et une social-démocratie rénovée. La victoire de Ségolène Royal permettrait de mettre en valeur les idées d'une social-démocratie pluraliste et humaniste : priorité à l'europe politique, renouveau démocratique et social, développement durable et affirmation de la dignité du travail. Sur ce dernier point, la rhétorique sarkozyste sur la valeur travail a surtout eu pour conséquence d'évacuer une réflexion nécessaire :

Le vif débat sur la "valeur travail" a bien illustré, pendant toute la campagne, la grande préoccupation des Français, mais le candidat de l'UMP l'a instrumentalisée pour la transformer en un combat fratricide : celui qui croit au travail et celui qui n'y croit pas, comme si celui qui n'a pas de travail n'y aspirait pas et celui qui en a ne pouvait le partager. Ainsi, escamote-t-il la question cruciale des nécessaires évolutions du travail dans notre société et des indispensables réformes du traitement du chômage pour diviser les Français entre paresseux et travailleurs, alors que, par exemple, toutes les statistiques montrent que les Français travaillent plus que les Allemands. Certes, il faut lucidement s'interroger sur l'assistanat – qui doit être l'aide offerte par la collectivité à un moment difficile d'une vie, mais pas le système d'une vie – mais le sarkozysme alimente le rejet des exclus, alors que les réinsérer est un impératif de dignité ainsi qu'une nécessité économique.